Messieurs les Anglais, vaccinez les premiers

Au Royaume-Uni, les vaccins Pfizer-Biontech seront déployés dès la semaine prochaine. Une première mondiale dans la lutte contre la Covid-19.

Le gouvernement britannique se félicite de cette décision. Elle arrive après quatre semaines de confinement et plus de 58 000 victimes de la Covid-19.

Pourquoi le Royaume-Uni déploie-t-il les vaccins en premier ?

La décision de déploiement des vaccins dépend des autorisations des instances compétentes. Ainsi, les Britanniques pourront profiter en premier du vaccin grâce à l’autorisation de la MHRA. L’agence indépendante de réglementation des médicaments et des produits de santé britannique a soumis sa recommandation de vacciner. Elle considère les résultats de Pfizer-Biontech satisfaisants en termes d’efficacité et de sécurité. Le gouvernement a donc pris la décision de suivre cette recommandation et de déployer le vaccin sur tout le territoire britannique. Le porte-parole des autorités britanniques a justifié la décision qui «fait suite à des mois d’essais cliniques rigoureux et d’une analyse approfondie des données par des experts MHRA qui ont conclu que le vaccin répondait à ses normes strictes de sécurité, de qualité et d’efficacité»

«Le Royaume-Uni est le premier pays au monde à disposer d’un vaccin approuvé cliniquement» a tweeté le ministre de la Santé, Matt Hancock, après l’annonce tant attendue. La nouvelle a réjoui les laboratoires américain et allemand. Albert Bourla, patron du laboratoire américain Pfizer, souligne un «moment historique dans le combat contre le Covid-19». Quant à la branche allemande Biontech dirigée par Ugur Sahin, «elle attend que le déploiement du vaccin au Royaume-Uni réduise le nombre d’hospitalisations de personnes à haut risque». Pour se rendre compte des résultats du vaccin, il faudra cependant attendre plusieurs mois. 

Combien de doses les autorités distribueront-elles ?

Le Royaume-Uni a commandé aux deux laboratoires partenaires près de 40 millions de doses ; de quoi vacciner 20 millions de Britanniques. Il faudra en effet deux doses de vaccins à trois semaines d’intervalle pour assurer la protection des patients. Westminster a commandé d’autres vaccins pour garantir une vaccination aux 66 millions d’habitants que compte le royaume. L’autre grande commande a été réalisée auprès de l’université d’Oxford et du laboratoire britannique AstraZeneca, 100 millions de doses du vaccin sont ainsi attendues. 

En résumé, les vaccins germano-américains représentent une très petite partie des vaccins attendus. Qui plus est, les 40 millions de vaccins seront livrés au compte-goutte en fonction de la production et de l’acheminement vers l’Angleterre. Pour cette raison, les premières doses produites en Belgique et livrées au Royaume-Uni la semaine prochaine, s’avèrent très très limitées. Environ 800 000 doses devraient arriver la semaine prochaine, pas même de quoi vacciner 1% de la population. La réelle généralisation de la vaccination se fera courant janvier. Les personnels de la National Health Service (NHS), le système de santé britannique, seront d’ailleurs les premiers à bénéficier du vaccin. Suivront les personnes à risque et prioritairement les personnes âgées vivant en logement collectif. La stratégie vaccinale anglaise sera adaptée et dévoilée au fur et à mesure de la réception des doses et des résultats vaccinaux. 

La sortie du confinement de l’Angleterre est-elle due à l’arrivée du vaccin ? 

Les annonces du vaccin et la sortie du confinement en Angleterre coïncident. Toutefois, il s’agit plus d’un heureux hasard que d’une décision concertée. Le premier ministre Boris Johnson s’est d’ailleurs emporté hier contre les députés, leur demandant de rester « réalistes » et « d’accepter (le fait) qu’il n’y ait pas encore de vaccin ». La levée du confinement n’a donc visiblement pas de lien avec l’arrivée prochaine du vaccin. Précisons aussi qu’elle ne concerne pas tout le Royaume-Uni, mais uniquement l’Angleterre. La levée du confinement était d’ores et déjà programmée. En outre, l’Angleterre est bien la seule nation du Royaume-Uni a bénéficier d’un assouplissement des mesures sanitaires.

Hier, le gouvernement a en effet remplacé le confinement par de strictes restrictions imposées à un niveau régional selon trois niveaux de sévérité. Le pays le plus endeuillé d’Europe ne souhaite donc pas relâcher la pression sur sa population malgré la bonne nouvelle des vaccins. Les trois niveaux de restriction au niveau régional ne doivent pas être levés avant février 2021. Tout comme en France, la levée des restrictions est évidemment soumise à l’évaluation des données épidémiologiques. 

Pourquoi le Royaume-Uni avant l’Europe ? 

La raison vient du Brexit. Les Britanniques ne font plus partie de l’union européenne et ne doivent donc plus attendre la validation des instances européennes. Matt Hancock, ministre de la Santé britannique, n’a pas manqué de rappeler les bénéfices du Brexit pour la question des vaccins. La décision prise unilatéralement entre Britanniques a permis plus de flexibilité et de rapidité. Le ministre déclare que cela a permis d’éviter le “rythme des Européens, qui avancent un peu plus lentement ». 

Il s’agit bien là d’un fait, la décision européenne se fait attendre et l’organisation à 27 est nécessairement plus complexe. Les vaccins ont été commandés de façon conjointe par l’Union Européenne pour tous ses États membres. De la même manière que les doses ont été commandées ensemble, la décision de les distribuer est prise en concertation. L’accord revient à l’EMA, l’agence européenne des médicaments. Elle évalue le rapport bénéfices-risques, ainsi que l’efficacité et la sécurité des vaccins. Pour cela, l’agence s’appuie sur les résultats des essais cliniques inspectés minutieusement.  

Côté européen, il faudra donc faire preuve de patience, mais finalement pas tant que cela non plus. Mardi 1er décembre l’EMA a déclaré qu’une réunion extraordinaire se tiendrait le 29 décembre «au plus tard». Elle s’engage à donner ou non son accord pour entamer la commercialisation du vaccin de Pfizer-Biontech.