Etre transgenre, un combat au quotidien

Le vendredi 20 novembre s’achève la semaine de sensibilisation aux réalités transgenres. L’occasion de balayer les idées reçues sur la transidentité.

Jusqu’à 2019, l’OMS considérait la transidentité comme un trouble mental. Grâce aux recherches et surtout à l’écoute des personnes concernées, le monde scientifique a enfin pu établir qu’il n’en est rien. La transidentité n’est pas une pathologie. On vous explique.

Qu’est ce que la transidentité ? 

Une personne transgenre ne se reconnait pas dans son sexe de naissance, qui ne correspond pas à son identité. La personne a le sentiment d’appartenir au genre opposé ou de n’appartenir ni à l’identité masculine ni féminine. La transidentité n’est pas vécue comme un choix, c’est une véritable évidence pour les personnes transgenres. Les femmes transgenres sont nées garçons mais leur identité est féminine. Et inversement pour les hommes transgenres, nés filles mais qui se sentent hommes. 

On parle d’ailleurs de transidentité et de personnes transgenres et non de transsexuels. Ce terme du XIXème siècle a été inventé pour désigner un trouble mental. La transidentité n’est en aucun cas une maladie mentale. Elle n’a pas non plus de lien avec l’orientation sexuelle. Une personne transgenre est comme à une personne cisgenre, qui se reconnait dans son genre de naissance. Un femme transgenre peut aimer les hommes, donc être hétérosexuelle, tout comme elle peut être homosexuelle, bisexuelle et tout ce qu’elle souhaite être. 

Enfin, il faut bien distinguer transgenre, travesti et intersexe. Les personnes travesties sont généralement des personnes cisgenres, qui aiment s’habiller en homme ou en femme occasionnellement. Quant aux personnes intersexes, elles naissent avec des caractères sexuels des deux sexes. 

Quelles sont les difficultés des transgenres ?

La transidentité est difficilement acceptée, tant pour la personne elle-même que l’entourage et la société. Le principal frein à l’acceptation de soi pour les personnes transgenres est le regard de l’autre. Difficile de revendiquer sa vraie identité quand on sait le combat que cela demande. Un parcours du combattant médical, mais aussi psychologique, administratif. Qui plus est, la méconnaissance de la transidentité et la transphobie sont un blocage supplémentaire. Par peur, honte, manque de confiance, la personne préfère se taire et souffrir en silence dans un corps qui dérange. Les personnes qui ont refusé d’accepter leur transidentité pendant longtemps témoignent régulièrement de la souffrance de vivre dans le mensonge. Cette souffrance intérieure se manifeste souvent par des dépressions, des troubles alimentaires et d’autres pathologies liées au mal-être. 

C’est le regard des autres qui est le véritable handicap des transgenres. La transphobie expose la personne au rejet par les proches et la société. Mais plus encore, les personnes transgenres sont aussi menacées dans leur intégrité physique. Selon une étude de 2014, publiée dans Sociologie de la transphobie, 8 trans sur 10 auraient été victimes de discriminations transphobes au cours de leur vie, dont 37 % plus de 5 fois au cours de l’année. Les agressions, l’isolement, les discriminations à l’embauche et au logement sont autant de facteurs qui mettent à mal la santé physique et mentale des trans. 

Ainsi, les personnes transgenres sont surreprésentées dans les suicides. En moyenne, leur “taux de suicide est 7 fois plus élevé que chez les personnes cisgenres” selon un rapport gouvernemental sur le droit des personnes transgenres. 

Comment devient-on un homme ou une femme en tant que transgenre ?

Chaque année en France, environ 150 personnes effectuent une transition chirurgicale d’un genre vers l’autre. Il faut préciser que faire l’opération de réattribution sexuelle, qui permet de changer physiquement de sexe, est un choix. Des femmes et des hommes décident de garder leurs organes génitaux de naissance et c’est leur choix. Cela ne remet pas en question leur identité, ce sont des hommes et femmes à part entière. Chaque transgenre vit sa transidentité à sa manière, selon ses évidences, ses envies, ses choix. Ils disposent de leur corps comme n’importe quel être humain, personne n’a à remettre en question leurs décisions. 

Néanmoins, certains ressentent le besoin de s’engager dans le parcours du combattant du changement de sexe. Le processus médical pour transformer son corps prend en moyenne entre un an et deux ans et demi. Le traitement est lourd, contraignant et à vie. Pour avoir enfin le corps qu’ils désirent, les transgenres doivent faire appel à un psychiatre, un endocrinologue et un chirurgien. En France, l’hormonothérapie et l’opération de réattribution sexuelle, c’est-à-dire le changement des organes génitaux, ne sont accessibles qu’après un suivi psychiatrique de deux ans maximum. Le psychiatre évalue la motivation de la personne, s’assure de sa transidentité. Il vérifie aussi qu’il n’y a pas de trouble mental qui pourrait fragiliser le respect des règles médicales et la construction identitaire après le changement du corps. La transformation médicale est conditionnée à l’accord du psychiatre. Raison pour laquelle de nombreux transgenres préfèrent réaliser leur transition à l’étranger où ils ne sont pas contraints de suivre une évaluation. 

A quoi sert l’hormonothérapie et la réattribution sexuelle ?

Changer son corps passe donc par l’hormonothérapie qui permet de faire disparaître les caractéristiques physiques du genre de naissance. Cela implique l’apparition progressive des caractéristiques du sexe opposé. Un homme transexuel va voir sa voix muer et l’apparition d’une pilosité plus importante. La finalité de l’hormonothérapie est généralement une série d’opérations pour créer un corps féminin ou masculin. La chirurgie va permettre de modifier l’aspect physique et les organes génitaux. Toujours dans le cas d’un homme transexuel, il va pouvoir subir une mastectomie pour enlever la poitrine. 

Quant aux organes génitaux, ils sont modifiés chirurgicalement. Pour un homme transexuel, un pénis sera créé autour du clitoris, la fonction urinaire étant maintenue. Afin d’assurer l’érection, l’équipe médicale pose un implant pénien avec un système de pompe pour l’érection. Pour une femme transexuelle, le patient subi une vaginoplastie. Le chirurgien procède à une ablation des testicules et de la verge, il crée ensuite un vagin avec des lèvres génitales et un clitoris. Lors de la transformation des organes génitaux, les médecins sauvegardent les fonctions urinaires mais essaient aussi de garder une fonctionnalité sexuelle. Il s’agit d’un pan important pour que la personne puisse vivre avec satisfaction tous les aspects de sa vie avec le bon corps.