Crise sanitaire et dépression, mauvais cocktail

Pandémie, confinement et maintenant couvre-feu, cette succession d’événements exceptionnels plonge certains dans la dépression. 

En cette journée européenne de la dépression, c’est le moment d’oser parler de cette maladie. Elle touche 20% des Français au moins une fois dans leur vie. Avec le climat anxiogène, psychiatres et spécialistes de la santé mentale craignent une recrudescence de cette pathologie.

La dépression, un état psychique

Ce terme n’est pas à employer à la légère, il s’agit en effet d’une maladie. La dépression n’est pas un simple coup de blues, un état passager. La personne dépressive ressent effectivement une souffrance réelle psychologique et physique. Il y a plusieurs échelons de gravité et différentes formes de dépressions. Il est important de se faire diagnostiquer pour établir le parcours thérapeutique le plus adapté au malade. 

Les indicateurs de la dépression sont multiples. Certains très communs sont propres à tout un chacun. La durée des symptômes est le meilleur moyen de différencier la dépression de la déprime passagère. 

Au niveau psychique, la dépression entraîne une apathie et une dévalorisation de soi. Concrètement, la personne ressent une tristesse intense et constante dont elle n’arrive pas toujours à identifier l’origine. L’esprit de la personne est parasité par des pensées négatives voire morbides, dont il est difficile de se défaire. Certains dépressifs éprouvent des difficultés à se concentrer et constatent une baisse de l’attention. 

La dépression, un état physique aussi

La maladie s’exprime aussi physiquement. Ce pan moins connu n’est pourtant pas négligeable pour la détecter. La dépression peut être à l’origine d’une sensation de fatigue permanente. Elle perturbe notamment la qualité de sommeil, entre insomnies, hypersomnies et  réveils intempestifs. Le dépressif peut également souffrir d’une perte de l’appétit et d’une baisse de la libido. En outre, la maladie peut causer des douleurs diverses, comme des maux de tête, des courbatures ou des troubles digestifs.

La dépression, stop aux idées reçues

Enfin, cette maladie n’épargne personne et ne dépend pas de critères objectifs de réussite ou d’échec. Oui, il est possible d’être dépressif alors que tout semble aller bien de l’extérieur. Il n’y a pas une manière de vivre la dépression, chaque malade à une expérience de la maladie qui lui est propre. Ainsi, les causes de ce trouble mental sont multiples et personnelles. D’autant plus que les spécialistes ne peuvent toujours pas définir des causes originelles formelles et précises. Toutefois, l’hérédité, le stress et la survenue d’événements traumatiques prédisposent très souvent les personnes à la dépression. 

La dépression aujourd’hui se soigne, que ce soit par psychothérapie, prise d’antidépresseurs et anxiolytiques ou d’autres méthodes. Alors, il est d’autant plus important de poser un diagnostic que selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la dépression sera, en 2030, la 1ère cause d’invalidité.

Avec la crise sanitaire la situation ne risque pas de s’arranger. Depuis la fin du confinement et le couvre-feu, la dépression se répand et touche de nouvelles personnes. 

La crise sanitaire entraîne-elle une crise psychiatrique ? 

Dès le confinement les personnels soignants en psychiatrie alertaient sur les conséquences de la Covid pour leur patientèle. Après le déconfinement, ils exigent de nouveaux moyens pour répondre à l’augmentation des consultations pour anxiété et dépression. La psychiatre et directrice de la fondation FondaMental, Marion Leboyer, témoigne de ce nouvel afflux sur FranceInfo

“Les conséquences psychiatriques du confinement et de la pandémie sont devant nous et on constate actuellement que chez des personnes qui n’ont jamais été malades auparavant, il y a une augmentation des dépressions, des pathologies anxieuses qui sont vraisemblablement consécutives aux situations difficiles qui ont été vécues pendant le confinement. […] Cela a déjà été décrit lors des grandes pandémies du début des années 2000, lors du Sras par exemple. Il y a eu une augmentation à peu près de 30% des dépressions. Il faut penser chez ces personnes à dépister, à diagnostiquer une dépression”

Le confinement a un impact avéré sur le moral des Français et certains ne peuvent pas faire face seul. La pandémie accroît le risque d’être atteint par la dépression ou d’autres troubles mentaux. Ainsi, dans une enquête de l’OMS publié début octobre, l’organisation signalait que 89 % des pays avaient intégré le soutien psychosocial dans leurs plans nationaux de riposte à la COVID-19. Or, seulement 17 % disposent d’un financement supplémentaire suffisant pour couvrir ces activités. La même enquête révèle les importantes difficultés que rencontrent les services psychologiques et psychiatrique de 130 pays de l’OMS. Les risques sont réels et les moyens minimes. Bien que fini, le confinement entâche toujours la santé mentale des personnes et le couvre-feu n’est pas moins traumatisant. 

La fin de la vie nocturne enferme les citoyens dans une routine métro, boulot, dodo. Il est difficile de se créer une soupape de décompression, d’entretenir les liens amicaux, amoureux et sexuels, qui sont indispensables pour l’équilibre mental de la majorité des personnes. L’isolement subi peut être néfaste par le stress engendré. L’anxiété, la difficulté à se rencontrer,  le manque d’anticipation de visibilité sur l’avenir proche comme lointain peuvent plonger les personnes dans un état de précarité mentale. La deuxième vague est d’ores et déjà là et la vague de dépression s’approche aussi avant les fêtes. 

Pour vous aider à comprendre la dépression, retrouvez nos vidéos sur le sujet.