Mourir dignement est-il permis en France ?

Alain Cocq a voulu alerter sur la fin de vie en diffusant en direct son “suicide” sur les réseaux sociaux. Mais, ils ont empêché sa diffusion. Depuis, il a arrêté sa grève de la faim et repris son traitement, la douleur étant trop grande. 

Cet homme de 57 ans, souffre d’une maladie incurable dégénérative. Il avait entamé une grève de la faim et de ses traitements le 4 septembre dernier. Il a depuis mis fin à cette grève avant de la reprendre et de la stopper à nouveau, la faute aux douleurs trop intenses. Celui qui disait vouloir mourir dans son pays, souhaite peut-être se rendre en Suisse. 

Que dit vraiment la loi française sur la fin de vie ? 

En France, l’euthanasie médicale est à proprement parler illégale. Le débat agite le pays depuis de nombreuses années, à l’image de l’affaire Vincent Lambert. Le cas de cet infirmier de 42 ans, décédé le 11 juillet 2019 après 11 ans en état végétatif, a entraîné un assouplissement de la loi qui n’est pas allé jusqu’à l’autorisation de l’euthanasie. En 2015, un an avant la nouvelle loi, 86% des Français espéraient pourtant que l’euthanasie soit dans la nouvelle proposition de loi. 

En effet, la loi Claeys-Leonetti, du 3 février 2016, interdit l’acharnement thérapeutique, c’est-à-dire « l’obstination déraisonnable » et « la prolongation artificielle de la vie ». Elle permet donc d’interrompre les traitements du patient et d’accompagner cet arrêt avec une sédation profonde pour éviter la douleur. Toutefois, les recommandations de la Haute Autorité de Santé pour l’appliquer sont très strictes. La sédation est prescrite si le décès doit survenir à court terme ou si les douleurs ne peuvent être soulagées par aucun moyen. Dans le cas d’Alain Cocq, son pronostic vital n’est pas engagé bien que ses souffrances ne peuvent être soulagées. Malgré sa lucidité et sa volonté formelle, les médecins ne peuvent légalement pas procéder à l’injection médicamenteuse qui accompagnerait son départ. 

Quels recours face à l’illégalité de l’euthanasie ? 

Bien souvent, le seul moyen de faire respecter sa volonté est de se rendre à l’étranger. 

En Suisse, aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg, la mort choisie est un droit. Il est réglementé par des conditions claires. En Belgique, l’euthanasie est autorisée si “le patient est majeur ou mineur émancipé, capable et conscient au moment de sa demande, si la demande est formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée, si elle ne résulte pas d’une pression extérieure et si le patient se trouve dans une situation médicale sans issue et fait état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable ».

L’autre porte de sortie pour les malades est de jouer sur le flou juridique français. Ils doivent trouver le médecin qui leur faut. Le Dr Véronique Fournier est l’ancienne présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV). Elle avoue qu’il existe une véritable inégalité face à la fin de vie en France. Dans une interview sur Europe 1, elle explique : « Je connais des médecins, qui auraient dit à Alain Cocq : « Je suis prêt à vous accompagner, à être chez vous et mettre en place la sédation profonde et continue jusqu’au décès, de façon à ce que vous ne souffriez pas. »». Tandis que d’autres médecins, conclut-elle, « disent : « Si le patient ne va pas mourir dans les quarante-huit heures, je ne fais pas cette sédation. »» 

Alain Cocq, une méthode à suivre ?

L’autre recours pourrait être la stratégie adoptée par Alain Cocq et son avocat François Lambert, le neveu de Vincent Lambert. Suite à sa première grève de la faim, l’homme de 57 ans a été hospitalisé. Il a expliqué en visioconférence à l’assemblée générale de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), que le SAMU n’avait pas compris sa demande. « Il y a eu un quiproquo, car eux ont compris qu’il fallait reprendre l’hydratation et l’alimentation ». Il a alors rédigé, avec l’aide de son avocat, ses directives anticipées pour que sa volonté soit respectée. 

« Je mets cette fois-ci par écrit que ma volonté est libre et éclairée… Je dis donc clairement et solennellement : si je demande de l’aide à tel ou tel moment au monde médical, cela ne voudra aucunement dire que je veux vivre. Cela voudra dire que je ne peux plus tenir face à la souffrance et que je veux bénéficier d’une sédation profonde et continue. »

Sa deuxième grève de la faim, entamée le 12 octobre, a pris fin ce lundi suite à une nouvelle hospitalisation. Le quinquagénaire va-t-il tenter une troisième grève ou préférera-t-il se rendre en Suisse ? Si une sédation profonde lui est octroyé en France, la loi devra-t-elle évoluer ? Affaire à suivre.