L’inceste, ce tabou

Dans un livre à paraître le 7 janvier, Camille Kouchner accuse son beau-père Olivier Duhamel de viol sur son frère jumeau lorsqu’il était adolescent… il y a une trentaine d’années. On tente de comprendre pourquoi la libération de la parole a pris si longtemps.

Dans “La Familia Grande”, Camille Kouchner révèle notamment le drame de son frère jumeau victime d’agressions sexuelles incestueuses par son beau-père Olivier Duhamel lorsqu’il était âgé de 13-14 ans. Une situation dont il lui avait fait part à l’époque, lui demandant alors de garder le silence. Quand le tabou avait enfin été brisé à la fin des années 2000, une vingtaine d’années après les faits, la famille avait décidé de garder le silence, protégeant ainsi sa réputation. Une attitude qu’on constate très souvent dans ce genre de cas. 

Pour vivre incestueux, vivons cachés

L’inceste est régulièrement tenu caché. Le cadre intrafamilial tient les victimes et les témoins au silence. Résultat ? Une omerta malsaine qui dissimule l’ampleur de l’inceste en France et empêche d’agir à la mesure du drame.

Selon un sondage Ipsos de novembre 2020, près d’un Français sur 10 a été victime de viols ou d’agressions sexuelles dans l’enfance. Pour 80% d’entre eux, les agressions étaient de nature incestueuse. Selon ce sondage pour “Face à l’inceste”, ces pourcentages représentent 6,7 millions de Français victimes d’inceste. 

Ces hommes et ces femmes victimes restent parfois des années dans le silence. Les agressions se reproduisent d’ailleurs à plusieurs reprises à cause de ce silence qui protège le coupable. Par honte ou culpabilité, les victimes s’enferment et peuvent développer de graves troubles psychologiques. 

Des blessures et des conséquences à vie 

Selon une étude ACE Adverse Childhood Experiences de 2014, les enfants victimes d’inceste ont deux fois plus de risque de fumer. Ces personnes sont surtout 15 fois plus touchées par le suicide. De manière générale, il y a chez les victimes d’inceste plus d’obésité, de dépression, de consommation de drogues et d’alcool, de MST ou encore de comportements à risque que dans les autres franges de la société.

Un des psychiatres de l’Association face à l’inceste, Gérard Lopez, explique que « quand vous avez une fragilité et que vous avez subi des traumatismes répétés (qui durent souvent des années), vous déclenchez des maladies ». Plus le nombre de traumatismes augmente, plus le risque pour la santé est important. Les victimes ont ainsi trois fois plus de risques d’avoir un cancer ou une maladie cardiovasculaire. 

Les conséquences sur le plan du développement et de la psychologie de la personne sont les plus désastreuses. En fonction de l’âge, du membre de la famille auteur de l’agression et surtout des actes sexuels subis et non consentis, les conséquences varient. Les personnes souffrent fréquemment de troubles du développement psychologique, de psychotraumatismes et de troubles de la sexualité. Leur vie est impactée par la souffrance psychologique dans laquelle se retrouvent souvent les victimes. La douleur peut engendrer des dépressions ainsi que des idées suicidaires et des troubles anxieux. 

Surpasser l’inceste demande du travail, de la patience et un accompagnement solide et pertinent. 

Nommer l’inceste pour le surmonter

Se remettre après ce terrible traumatisme requiert très souvent des soins. Pour Hélène Romano, psychologue et membre du comité scientifique de Face à l’inceste, la première étape de la reconstruction est la reconnaissance de l’acte : accepter d’avoir été victime d’inceste. Cette étape très difficile qui peut survenir des années après l’agression est un passage obligé pour pouvoir passer les autres étapes de la reconstruction. Elle permet de déculpabiliser. 

L’inceste fragilise les victimes et leurs rapports à la famille : adolescence, mariage, grossesse … Certaines victimes de leurs parents peuvent développer une peur de l’enfant, ne voulant pas en avoir par peur de ne pas les protéger. D’autres victimes ont des difficultés à établir des relations amicales et amoureuses stables et épanouissantes. En somme, ce sont tous les aspects de la vie qui peuvent se retrouver affectés. 

Les thérapies peuvent permettre aux victimes de retrouver un équilibre et leur santé mentale. Le chemin vers la libération est long et douloureux pour beaucoup. Le tabou qui entoure l’inceste n’aide en rien les victimes qui ont encore plus de difficultés à s’exprimer. Parfois même leur statut de victime n’est pas connu ou reconnu par leurs proches. Ce qui handicape davantage encore les victimes. Elles peuvent si elles le souhaitent trouver un soutient auprès d’associations comme Face à l’inceste. La fondatrice de cette association, Isabelle Aubry, explique l’objectif de l’association par ces mots, “pour lutter contre un tabou, il faut commencer par le nommer. C’est pourquoi, ensemble, nous faisons Face à l’inceste.”

Les mécanismes à l’œuvre lors d’un inceste sont très similaires à ceux qu’éprouvent les victimes de viol. Pour mieux les comprendre, vous pouvez regarder le témoignage de Iana, qui nous avait confié comment elle s’était reconstruite après avoir subi un viol dans son adolescence.