Hommes – Femmes : inégalités médicales

Les femmes ne sont pas soignées comme les hommes. C’est le constat fait dans un livre sorti cet automne, on essaie de comprendre pourquoi. 

L’égalité des sexes n’est pas acquise, y compris dans la santé. Le livre Mauvais traitements : Pourquoi les femmes sont mal soignées des journalistes Delphine Bauer et Ariane Puccini, se penche sur les inégalités médicales dont sont victimes les femmes. 

Les femmes sont plus sujettes aux effets secondaires

Au cœur de nombreux scandales pharmaceutiques à l’instar du Médiator, les femmes sont sur-représentées dans les victimes d’effets secondaires. Selon une étude scientifique de l’Université de Californie à Berkeley et de l’Université de Chicago, elles sont deux fois plus touchées par des effets indésirables. Les scientifiques ont analysé les données de plusieurs milliers d’articles médicaux relatifs aux effets de 86 médicaments du marché américain pour conclure à ce résultat. Le phénomène n’est donc pas isolé. 

Les femmes sont exclues de nombreux essais cliniques. La réaction des médicaments sur leur organisme n’est par conséquent pas suffisamment étudiée. Le corps médical, et ce depuis l’Antiquité, a toujours pris le corps masculin comme référence. De ce fait, les particularités physiologiques féminines sont écartées des recherches. Les scandales de médicaments dangereux pour les femmes – et aussi les foetus – n’ont pas aidé à l’inclusion des femmes dans les essais cliniques. Au contraire, la place des femmes dans les essais a été encore plus réduite, invoquant un principe de précaution. 

Pourtant, ce sont bien lors des essais que l’innocuité des médicaments est testée. Même si les médicaments provoquent un bénéfice commun indifférent du genre, les hommes et les femmes ne métabolisent pas les molécules de la même manière, d’où une partie des fameux effets secondaires. 

La douleur des femmes est sous-estimée

C’est l’un des premiers signes qui poussent les êtres humains à se rendre chez le médecin, la douleur. Pourtant, celle des femmes est souvent mal prise en compte. Ce manque d’écoute de la douleur peut s’avérer néfaste pour elles. Une femme qui vient consulter pour une douleur lombaire et ressort avec une boite d’anxyolitiques, cela semble étonnant. Ce n’est pourtant pas une situation si fantasque, il s’agit d’une réalité. 

Le médecin Martin Winckler en atteste dans un article de FranceInter « quand elles se plaignent d’une douleur, les médecins ont tendance à leur dire que c’est tout à fait normal…”. Le médecin poursuit, expliquant qu’il n’est pas normal d’avoir mal, et que la douleur devrait être prise en charge sans distinction de genre, en se basant essentiellement sur le ressenti de la personne qui souffre. Ainsi, la douleur n’est pas forcément traitée comme elle le devrait, et la femme est mal soignée. Or, comme l’explique Ariane Puccini pour Konbini News, une douleur non traitée se chronicise et devient neuropathique. Autrement dit, la douleur s’ancre dans le cerveau, ce qui pousse les femmes à recourir à de puissants analgésiques. 

Cette différence peut s’expliquer par le fait que les femmes ont un seuil de douleur plus bas que les hommes. Elles sont donc plus susceptibles de ressentir de la douleur et donc de l’exprimer. D’autant que les femmes, généralement plus soucieuses de leur santé, consultent plus régulièrement. Les médecins préjugent donc que la douleur n’est pas aussi forte que leur patiente la décrit. Un jugement conditionné par le sexisme et qui conduit à des souffrances sans fin. 

Des symptômes féminins et des maladies moins connues 

Les femmes et les hommes n’ont pas toujours les mêmes symptômes pour une même pathologie. Delphine Bauer donne un exemple concret dans le cadre des maladies cardiovasculaires. Les symptômes lors d’épisodes cardiaques chez les femmes peuvent différer un peu de ceux des hommes. Ceci entraîne une prise en charge plus tardive. 

Autre aspect, le syndrome d’Asperger chez les femmes est très peu diagnostiqué. Les symptômes sont en majorité définis selon des modèles masculins. Or, les femmes avec un syndrome d’Asperger sont en mesure de mettre en place des stratégies de compensation pour masquer leurs différences. Ces femmes vivent des situations d’errances médicales et des erreurs de diagnostic. Les médecins peuvent par exemple penser à un trouble dépressif majeur ou un trouble bipolaire. 

L’endométriose, maladie qui cause notamment de violentes douleurs pendant les règles, commence seulement à être reconnue comme véritablement handicapante. Les femmes atteintes d’endométriose peuvent encore rester en situation d’errance médicale si elles sont confrontées à des médecins qui méconnaissent la maladie. 

En résumé, les effets de certaines maladies sous souvent étudiés à travers le prisme du corps masculin et les maladies féminines sont moins connues ou étudiées. De ce fait, la prise en charge médicale n’est pas assurée comme elle l’aurait été pour un homme. Ceci peut conduire des femmes à des situations d’errances médicales où elles ne sont pas soignées, ou soignées trop tard.