Hommes – Femmes : inégalités médicales

Les femmes ne sont pas soignées comme les hommes. C’est le constat fait dans un livre sorti cet automne, on essaie de comprendre pourquoi. 

L’égalité des sexes n’est pas acquise, y compris dans la santé. Le livre Mauvais traitements : Pourquoi les femmes sont mal soignées des journalistes Delphine Bauer et Ariane Puccini, se penche sur les inégalités médicales dont sont victimes les femmes. 

Les femmes sont plus sujettes aux effets secondaires

Au cœur de nombreux scandales pharmaceutiques à l’instar du Médiator, les femmes sont sur-représentées dans les victimes d’effets secondaires. Selon une étude scientifique de l’Université de Californie à Berkeley et de l’Université de Chicago, elles sont deux fois plus touchées par des effets indésirables. Les scientifiques ont analysé les données de plusieurs milliers d’articles médicaux relatifs aux effets de 86 médicaments du marché américain pour conclure à ce résultat. Le phénomène n’est donc pas isolé. 

Les femmes sont exclues de nombreux essais cliniques. La réaction des médicaments sur leur organisme n’est par conséquent pas suffisamment étudiée. Le corps médical, et ce depuis l’Antiquité, a toujours pris le corps masculin comme référence. De ce fait, les particularités physiologiques féminines sont écartées des recherches. Les scandales de médicaments dangereux pour les femmes – et aussi les foetus – n’ont pas aidé à l’inclusion des femmes dans les essais cliniques. Au contraire, la place des femmes dans les essais a été encore plus réduite, invoquant un principe de précaution. 

Pourtant, ce sont bien lors des essais que l’innocuité des médicaments est testée. Même si les médicaments provoquent un bénéfice commun indifférent du genre, les hommes et les femmes ne métabolisent pas les molécules de la même manière, d’où une partie des fameux effets secondaires. 

La douleur des femmes est sous-estimée

C’est l’un des premiers signes qui poussent les êtres humains à se rendre chez le médecin, la douleur. Pourtant, celle des femmes est souvent mal prise en compte. Ce manque d’écoute de la douleur peut s’avérer néfaste pour elles. Une femme qui vient consulter pour une douleur lombaire et ressort avec une boite d’anxyolitiques, cela semble étonnant. Ce n’est pourtant pas une situation si fantasque, il s’agit d’une réalité. 

Le médecin Martin Winckler en atteste dans un article de FranceInter « quand elles se plaignent d’une douleur, les médecins ont tendance à leur dire que c’est tout à fait normal…”. Le médecin poursuit, expliquant qu’il n’est pas normal d’avoir mal, et que la douleur devrait être prise en charge sans distinction de genre, en se basant essentiellement sur le ressenti de la personne qui souffre. Ainsi, la douleur n’est pas forcément traitée comme elle le devrait, et la femme est mal soignée. Or, comme l’explique Ariane Puccini pour Konbini News, une douleur non traitée se chronicise et devient neuropathique. Autrement dit, la douleur s’ancre dans le cerveau, ce qui pousse les femmes à recourir à de puissants analgésiques. 

Cette différence peut s’expliquer par le fait que les femmes ont un seuil de douleur plus bas que les hommes. Elles sont donc plus susceptibles de ressentir de la douleur et donc de l’exprimer. D’autant que les femmes, généralement plus soucieuses de leur santé, consultent plus régulièrement. Les médecins préjugent donc que la douleur n’est pas aussi forte que leur patiente la décrit. Un jugement conditionné par le sexisme et qui conduit à des souffrances sans fin. 

Des symptômes féminins et des maladies moins connues 

Les femmes et les hommes n’ont pas toujours les mêmes symptômes pour une même pathologie. Delphine Bauer donne un exemple concret dans le cadre des maladies cardiovasculaires. Les symptômes lors d’épisodes cardiaques chez les femmes peuvent différer un peu de ceux des hommes. Ceci entraîne une prise en charge plus tardive. 

Autre aspect, le syndrome d’Asperger chez les femmes est très peu diagnostiqué. Les symptômes sont en majorité définis selon des modèles masculins. Or, les femmes avec un syndrome d’Asperger sont en mesure de mettre en place des stratégies de compensation pour masquer leurs différences. Ces femmes vivent des situations d’errances médicales et des erreurs de diagnostic. Les médecins peuvent par exemple penser à un trouble dépressif majeur ou un trouble bipolaire. 

L’endométriose, maladie qui cause notamment de violentes douleurs pendant les règles, commence seulement à être reconnue comme véritablement handicapante. Les femmes atteintes d’endométriose peuvent encore rester en situation d’errance médicale si elles sont confrontées à des médecins qui méconnaissent la maladie. 

En résumé, les effets de certaines maladies sous souvent étudiés à travers le prisme du corps masculin et les maladies féminines sont moins connues ou étudiées. De ce fait, la prise en charge médicale n’est pas assurée comme elle l’aurait été pour un homme. Ceci peut conduire des femmes à des situations d’errances médicales où elles ne sont pas soignées, ou soignées trop tard. 

Violences faites aux femmes, un fléau plus fatal que jamais

Mercredi 25 novembre a commencé la semaine pour lutter contre les violences faites aux femmes. Cette année, avec le confinement, ces violences sont malheureusement en augmentation.

L’année 2020 est marquée par la pandémie mais aussi par la vulnérabilité dans laquelle se sont retrouvées les femmes et les filles victimes de violences du fait du confinement. Cette réalité est chiffrée. Pendant le premier confinement, les autorités compétentes ont enregistré une hausse de 30% des violences faites aux femmes. Elles se déroulent plus que jamais dans le silence. La prise en charge médicale de ces femmes est cruciale pour les soigner et les libérer. 

En 2019, 146 femmes sont mortes sous les coups d’un homme : un ex, le conjoint, un petit-ami… D’autres femmes sont mortes de l’accumulation des violences. Un suicide, une overdose, une infection mal soignée, ont pour point commun d’être la conséquence de violences. On vous parle aujourd’hui de la santé des femmes victimes de violences, et aussi du rôle des professionnels de santé. 

Que sont les violences faites aux femmes ? 

Selon l’ONU, les violences faites aux femmes désignent « tous les actes de violences dirigés contre le sexe féminin, causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. » Cette définition est inscrite dans la Déclaration sur l’élimination des violences à l’égard des femmes, Résolution 48/104 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 20 décembre 1993. 

Dans le monde, selon l’OMS, 1 femme sur 3 subit des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire intime ou de quelqu’un d’autre au cours de leur vie. En France, en moyenne 213 000 femmes chaque année sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint. Et ce dernier chiffre n’inclut pas les mineurs. La violence conjugale est au centre des violences faites aux femmes. Invisible, brutale et fréquente, elle est le fléau contre lequel les autorités tentent de lutter. C’est principalement de violences conjugales, par le conjoint, ou l’ex-conjoint, dont il est question lorsque l’on traite des violences faites aux femmes.

Quelles sont les conséquences médicales physiques des violences ? 

Les premières conséquences des violences auxquelles on pense sont les traumatismes : ecchymoses, lésions génitales, fractures, plaies, brûlures. Mais il ne s’agit que d’un seul aspect de la santé des femmes violentées. Très souvent ce sont ces marques qui vont alerter mais d’autres signes entrent en jeu dans la détection de violences. Ces femmes meurtries souffrent pour la plupart de séquelles dues aux violences. Elles ont par exemple davantage de céphalées, de douleurs dorsales, de douleurs abdominales, de troubles gastro-intestinaux, une sensation d’engourdissement et de fourmillements dans les mains, de la tachycardie et des palpitations.

Leur mauvais état de santé général, non imputable à des facteurs médicaux, peut indiquer qu’il y a des violences. Même si aucune marque n’est constatée. La responsabilité revient à la personne qui ausculte d’instaurer un climat de confiance, repérer les signes. Et entamer un échange pour avoir la confirmation que leur patiente est victime de violence. 

Plus grave encore, les violences sont synonymes d’une perte de chance pour les femmes atteintes de maladie chronique grave. Les femmes diabétiques, avec une insuffisance respiratoire ou cardiaque et tout autre pathologie chronique doivent suivre un traitement, un suivi médical réguliers. Or, du fait des violences domestiques, les femmes ne sont plus en capacité de se soigner ou de consulter, au péril de leur vie. De même, certains cancers comme le cancer du sein demandent un dépistage tôt pour accroître les chances de survie. Mais malheureusement pour les femmes maltraitées, le suivi médical reste irrégulier. La venue chez le médecin étant souvent repoussée à la dernière limite. Au moment où une consultation est obligatoire ou bien vitale. 

Sur le plan gynécologique, les violences ont des conséquences désastreuses. Selon une étude de 2013 de l’OMS, les victimes de violences et d’abus ont “1,5 fois plus de risques de souffrir d’une infection sexuellement transmissible, et dans certaines régions, d’être infectées par le VIH que les femmes n’ayant pas subi de violence de leur partenaire.” Evidemment, les patientes ne sont pas toujours en mesure de soigner correctement les IST, et elles sont détectées plus tardivement que pour les autres femmes. De même, les femmes battues et abusées ont deux fois plus de risques de subir au moins un avortement. 

Quelles sont les conséquences psychologiques des violences ? 

Les violences ont des conséquences gravissimes sur la santé physique des femmes. Mais les séquelles psychologiques sont tout aussi importantes, voire plus impactantes encore. La femme souffre psychologiquement, se tournant vers des solutions extrêmes comme le suicide ou les addictions. Selon l’étude de 2013 de l’OMS, les femmes ayant subi des violences de la part de leur partenaire sont presque deux fois plus nombreuses à connaître des problèmes de dépression ou d’alcoolisme. Autre chiffre, selon Florence Thibaut interrogé par RFI, Professeur de psychiatrie et d’addictologie, exerçant à l’hôpital Cochin à Paris, entre 20 à 30% de leurs patients en psychiatrie ont été victimes de violences sexuelles et ou physiques au cours de leur vie. 

L’état de santé mental des victimes de violences est très inquiétant. En plus de la dépression, la femme qui développe une addiction suite à des violences ne se fait pas traiter. Les conduites addictives apparaissent souvent la seule échappatoire entrevue par les victimes, hormis la mort. Il y a chez les femmes abusées, battues, maltraitées, une plus forte consommation de tabac, d’alcool, de drogues psychoactives, de médicaments analgésiques, anxiolytiques, antidépresseurs ou hypnotiques. Le problème réside dans l’addiction consécutive à une consommation qui s’accroît tous les jours un peu plus. Concrètement, les overdoses médicamenteuses sont possibles et réelles. 

Au delà de cet aspect, les violences affectent tout le comportement de la femme. Presque une femme sur deux victimes de violences souffre de syndrome post-traumatique ou d’épisodes de syndrome post-traumatique.

Il y a également des troubles émotionnels : colère, honte, sentiment de culpabilité, d’humiliation, sentiment d’impuissance, anxiété, panique. Ces derniers peuvent déclencher des comportements phobiques, de l’automutilation. La femme violentée a couramment des problèmes de sommeil : difficultés à s’endormir, veille ou réveils nocturnes, cauchemars, paralysie du sommeil. Les violences peuvent en plus affecter le comportement alimentaire. Une femme sans trouble alimentaire avant les violences peut par exemple développer de l’anorexie, de la boulémie. Et une femme avec des troubles déjà existants pourra voir s’intensifier ses comportements alimentaires destructeurs. Enfin, les capacités cognitives elles aussi n’échappent pas aux séquelles des violences. Il a été constaté que certaines femmes avaient, après des violences, plus de difficultés de concentration et d’attention, ou même des pertes de mémoire. En bref, les violences détruisent tous les aspects psychiques des victimes. Celles-ci mettent de très nombreuses années à s’en remettre, si du moins elles y arrivent. 

Quel est le rôle des professionnels de santé auprès des femmes victimes de violences ?

Les professionnels de santé sont très souvent les premiers témoins de la souffrance de ces femmes. Par exemple, un médecin généraliste peut être la seule personne extérieure au couple que la victime continue à voir. D’ailleurs, les chiffres de la Haute Autorité de Santé témoignent de l’importance des professionnels de santé dans la lutte contre les violences. En moyenne, 3 à 4 femmes sur 10 dans les salles d’attente des médecins seraient victimes de violences conjugales et 1 victime sur 5 consulte en premier lieu un médecin après avoir été violentée. La raison est souvent la proximité et la confiance qui peut s’installer entre le patient et le médecin. Qui plus est, le secret médical est un bon argument pour inciter à la confidence et aussi pour recevoir la victime seule. 

Le rôle des professionnels peut se résumer en trois mots : soigner, écouter, informer. Un quatrième peut éventuellement s’ajouter, alerter, mais sous certaines conditions. Soigner, déjà car c’est la mission principale et pour tout le monde. Mais l’auscultation de la patiente, l’analyse de son ordonnance peuvent conduire le professionnel à envisager des violences. Alors il faut écouter, détecter dans les silences, les demi-mots, les explications, des indices. Mais l’écoute doit être active, accompagnée de questions. La Haute Autorité de Santé conseille d’ailleurs de toujours poser des questions. Enfin, le médecin, infirmier, sage-femme ou autre professionnel doit informer la patiente, la rediriger, lui indiquer les démarches les plus simples, comme le numéro d’urgence 3919, et les solutions pour s’en sortir. D’ailleurs, il est important que les médecins établissent un certificat médical permettant à la patiente de faire valoir ses droits et de prouver les violences.

En cas de danger avéré pour la vie de la patiente ou d’un accord, même verbal, de la victime, chaque professionnel doit alerter les autorités, sans craindre de briser le secret médical. 

Depuis le confinement, les pharmaciens aussi sont impliqués dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Le confinement rend encore plus compliqué pour ces femmes le fait de se signaler et donc de sauver leur vie. Il a donc été décidé que les pharmacies pouvaient désormais être un lieu d’accueil. Concrètement, les pharmaciens, à qui une femme a signalé être victime, peuvent contacter directement les forces de l’ordre pour prendre en charge la victime.

Une autre initiative novatrice a été lancée pour que les soignants viennent en aide aux femmes. L’hôpital Saint-Antoine à Paris expérimente depuis octobre le dépôt de plainte depuis l’hôpital. L’idée, née du Grenelle sur les violences faites aux femmes, est simple : éviter aux femmes de se rendre au commissariat et leur permettre de porter plainte à l’hôpital, un endroit où elles sont mises en confiance”. Grâce à cette initiative, déjà quatre femmes ont déposé plainte. À l’hôpital, elles sont soignées, accompagnées, épaulées et la police vient à elles et non l’inverse. Ce dispositif doit également s’installer à la Pitié-Salpêtrière à Paris, puis sur tout le territoire en fonction des résultats. 

Comprendre le viol

Le viol est toujours un sujet tabou dans notre société. Résultat : ce crime et ses conséquences restent méconnus, portant davantage préjudice aux victimes.

Actes minorés, difficultés à porter plainte, isolement, séquelles psychologiques ignorées… Devant l’horreur, il subsiste toujours des réactions qui ignorent la réalité et culpabilisent la victime d’un viol. 

Alors que près de 94 000 femmes de 18 à 75 ans subissent un viol ou une tentative de viol dans leur vie, nous faisons le point sur cet acte criminel. 

Que dit la loi sur le viol ? 

La loi est là pour protéger et définir. Ainsi, le viol est explicité à l’article 222-23 du Code Pénale. 

“ Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui […] par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle.” 

Cela signifie qu’un viol ne se limite pas à une pénétration des organes sexuels. Toute pénétration par un membre (sexe, doigts…) ou un objet introduit dans un orifice quelqu’il soit est un viol. Si l’acte n’est pas consenti très clairement, c’est un viol en cas de pénétration ou une agression sexuelle s’il n’y a pas pénétration. Qu’importe la nature, tout acte sexuel (attouchements, caresses, pénétration…) commis avec violence, contrainte, menace ou surprise est interdit par la loi et sanctionné pénalement. La victime peut et est encouragée à porter plainte. 

D’ailleurs, pour une personne majeure, elle peut porter plainte jusqu’à 20 ans après les faits. Pour les mineurs, le délai de prescription est plus long. Un mineur a le droit de porter plainte avant sa majorité. Mais également pendant encore 20 ans à compter de ses 18 ans. 

Comment porter plainte ?

Le dépôt de plainte s’effectue au commissariat ou à la gendarmerie. La victime peut se rendre dans n’importe quel commissariat ou gendarmerie partout en France. Pour un viol datant de plusieurs mois ou années, la victime peut porter plainte par courrier. Elle écrit alors au procureur de la République pour lui rapporter les faits. 

La personne, entendue par les policiers ou gendarmes, doit expliquer le déroulé des faits. Plusieurs questions seront posées dont le but est de recueillir des éléments à charge contre l’agresseur.

Si le viol s’est produit peu de temps avant la venu au commissariat, la victime est conduite aux urgences médico-légales après le dépôt de plainte. Le médecin légiste constate les blessures éventuelles dont elle souffre. Il effectue aussi des prélèvements qui peuvent aider pour l’enquête, comme du sperme. 

Les autorités conseillent aux victimes de se rendre très rapidement au commissariat après les faits, puis aux urgences afin d’avoir le plus de preuves possibles. Bien que cela soit très douloureux psychologiquement, le mieux est de s’y rendre sans avoir changer de vêtements ou s’être lavé. La prise en charge aux urgences permet aussi aux médecins de tester directement une éventuelle transmission de MST, prévenir une grossesse, et donc soigner la victime. 

Pourquoi si peu de femmes violées portent plainte ?

Cette question agace plus d’une victime qui décide de se confier, “pourquoi tu n’as pas porté plainte ?”. Ne pas révéler à la justice le crime que l’on a subi n’est pas compréhensible pour tout le monde. Mais la majorité des personnes concernées ne souhaitent pas alerter la justice. Selon l’Observatoire national de violences faites aux femmes, seules 12 % des victimes ont porté plainte (qu’elles aient ensuite maintenu ou retiré cette plainte).

Selon Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie “tout est fait pour décourager les victimes, porter plainte dans ces conditions relève alors de l’exploit et a de quoi faire peur, la procédure judiciaire est perçue souvent à juste titre comme une épreuve vaine et maltraitante qui n’aboutira pas à une condamnation.”

Dans son article “La négation d’un crime !”, la spécialiste donne des chiffres. Environ 73% des plaintes sont classées sans suite. Parmi les 30% instruites, la moitié sont déqualifiées et correctionnalisées. Finalement 10% des plaintes sont jugées pour viol, soit 1% de l’ensemble des viols commis sur des adultes et 0,3% de l’ensemble des viols commis sur des enfants (CSF, 2008, ONDRP, 2016, infostat justice, 2016, 2018). 

Le dépôt de plainte est mal vécu par 82% des victimes, 77% ont mal vécu l’enquête policière, les auditions, les confrontations et la procédure judiciaire. Enfin, sur les rares qui ont pu avoir un procès, 89% l’ont mal vécu (IVSEA, 2015). 

Une victime ne doit pas être culpabilisée de ne pas avoir choisi la voie judiciaire. Son choix lui appartient. D’autant plus que la démarche est douloureuse, l’agresseur est dans 91% des cas connu de la victime, cela implique une rupture nette et des dissension que craignent les victimes. Aussi, la véracité des dires est très questionnée pour éviter une erreur judiciaire et revivre les faits en les racontant peut-être insurmontable. Il existe des personnels judiciaires formés à recueillir la parole. Peu nombreux, ils sont très appréciés car perçus comme rassurants et compréhensifs. Porter plainte est donc souvent un parcours du combattant alors même que les victimes ont besoin de justice. La reconnaissance de sa souffrance par la justice est parfois une étape cruciale dans la reconstruction intime et psychologique. 

Le viol un fardeau que l’on traîne 

Les victimes de viol le plus souvent sont comme en rééducation, essayant de réapprendre à vivre. Après un viol, il y a le sentiment de souillure, la honte, la culpabilité, le déni et beaucoup de questions sans réponse. Pourquoi moi ? L’agresseur, pourquoi cette personne ? Pourquoi n’ai-je rien fait ? Et les si, si j’avais pu me défendre, si j’avais évité cette route, si j’avais moins bu…

Mais à travers ces doutes, il y a une vérité qu’il faut garder à l’esprit : rien n’excuse, rien ne justifie un viol ni une agression. Dans un viol, le seul coupable c’est l’agresseur.

Or, trop souvent les victimes se sentent coupables. Trop souvent elles n’arrivent pas à porter tout de suite le statut de victime. 

Le déni et la culpabilité entravent le processus de reconstruction psychique tout en faisant parti de ce processus. Pour les femmes, il est important d’être reconnue en tant que victime. Cela passe par la justice quand c’est possible et le souhait de la femme. Cela passe aussi par le soutien d’associations de groupe de parole, d’un médecin. Le suivi médical est d’ailleurs primordial.

Le viol est un traumastisme qui, en plus des séquelles physiques, peut causer de graves souffrances psychologiques. Les victimes de viol sont plus sujettes à l’anxiété, à la dépression. Elles développent aussi plus souvent des troubles obsessionnels du comportement (TOC), des comportements alimentaires perturbés.

Ce traumatisme affecte aussi la mémoire, pouvant provoquer une amnésie traumatique totale ou partielle concernant l’agression. La victime peut éprouver une difficulté à se remémorer les faits avec exactitude. En effet, ces derniers se stockent dans la mémoire traumatique et non dans la mémoire autobiographique consciente et contrôlée. Dans ces cas, la reconnaissance du statut de victime est d’autant plus problématique. Ces amnésies résultent parfois de l’état dissociatif dans lequel le cerveau a placé la victime pour survivre au choc. Ce que l’on appelle la sidération psychique.

La sidération psychique, le blackout du cerveau

De très nombreuses victimes souffrent de la paralysie vécue pendant l’acte. En plus d’avoir un impact immensément grand sur leur estime, leur confiance en elle, cela peut les conduire à se sentir responsables de ce qui leur est arrivé. 

Une femme qui ne s’est pas débattue, qui n’a pas dit non, et a subi des violences est elle aussi victime, au même titre que les autres. Il n’y a une fois encore pas d’excuse au viol, et pas de bonne manière de vivre l’invivable. 

Beaucoup de femmes se retrouvent en réalité paralysée face à ce qu’elles vivent. La sidération psychique est un phénomène neurologique. Face à un danger, le cerveau délivre des hormones comme l’adrénaline qui permettent de fuir. Or, quand la fuite est impossible, le cerveau produit ces hormones qui ne peuvent être utilisées. Alors, le cerveau disjoncte. Pour éviter une surdose des hormones excitantes, il produit ce qui s’apparente à de la morphine et de la kétamine. Le cerveau anesthésie alors la victime dans le but de survivre au danger. Par ce processus, la victime vit une sidération psychique passant d’actrice à témoin. Comme dans une sorte de somnambulisme, la victime est littéralement dans l’incapacité de réagir. Il faut attendre que l’équilibre des hormones se rétablissent pour reprendre le contrôle. 

Cette situation, encore très méconnue, conduit des victimes à être qualifiées de menteuses. Ne pas chercher à se défendre est trop souvent assimilé à une acceptation passive qui n’en est pas une. La spécialiste de la question Muriel Salmona, explique “elle (la victime) souffre immensément, mais ne peut produire de réponse émotionnelle ou physique puisque son cortex ne fonctionne plus correctement.” L’autre problème est le fait de ne pas avoir des preuves physiques des violences, ne pouvant réagir la victime n’est par exemple pas maintenue violemment par les poignets, il n’y a pas de trace.  

Après un viol, à qui en parler, vers qui se tourner ? 

Plusieurs associations françaises proposent un accueil téléphonique pour les victimes de viols, agressions, violences. Elles y sont écoutées par des professionnels en mesure de répondre aux interrogations et à la détresse des femmes. 

En cas de viol, vous pouvez contacter : 

  • le 3919 : ce numéro gratuit permet d’accéder au standard de Violences Femmes Info géré par le regroupement d’associations Solidarité Femmes. Le numéro est ouvert du lundi au vendredi de 9h à 22h, et de 9h à 18h les samedi, dimanche, jours fériés.
  • le 0 800 05 95 95 du lundi au vendredi de 10h à 19h vous pourrez joindre le Collectif Féministe Contre le Viol. L’appel est anonyme et gratuit. 

En plus de ces numéros vous pouvez trouver des informations sur le viol, les agressions et les violences faites aux femmes sur les sites internet de ces associations et sur www.victimedeviol.fr  mais aussi sur le site du gouvernement : arretonslesviolences.gouv.fr. Ce site permet notamment de localiser les associations près de chez vous. 

Les victimes de viols peuvent également trouver un soutien particulier dans leurs démarches juridiques grâce à l’association Avocats femmes et violences 

En cas d’urgence, sachez que les seules personnes à contacter restent les urgences au 112, les policiers au 17 et les pompiers au 18. 

Nous avons recueilli le témoignage de Iana. Une jeune fille de 20 ans qui a été violée par un garçon qu’elle croyait être son ami quand elle avait 16 ans. Au travers de ce témoignage, elle met la lumière sur l’épisode qui a fait basculer sa vie et offre à ses sœurs de combat des conseils pour se relever.