Le stress post-traumatique, un trouble méconnu

Cette semaine a été marquée par les commémorations de l’armistice du 11 novembre 1918 et des attentats du 13 novembre 2015. Près de cent ans séparent ces deux événements, ils laissent pourtant des séquelles similaires.

Des soldats de la Grande guerre aux victimes des attentats, un point commun : le choc, le drame et leurs conséquences. Face à l’innommable, nombreux sont ceux qui développent un stress post-traumatique, une blessure psychique qui reste mal connue.

Le stress post-traumatique, qu’est-ce que c’est ?

L’étude du stress post-traumatique est relativement récente. A titre d’exemple, les hommes de la Première Guerre mondiale revenus traumatisés ont été très mal accueillis. Considérés comme faibles, fous, certains hommes ayant développé un stress post-traumatique trop handicapant ont été enfermés dans des asiles. L’armée française n’a d’ailleurs reconnu ce trouble qu’en 1992. 

Ce syndrome a donc d’abord été étudié sur des soldats revenus du front. Mais il peut toucher n’importe quelle personne exposée à des situations choquantes, dangereuses ou effrayantes. Un catastrophe naturelle, un décès, un accident, une agression, un attentat peuvent aussi causer des dégâts au psychisme des victimes et des témoins.

Face à un événement trop difficile, le cerveau d’une victime peut dysfonctionner. Le message de danger que le choc a créé s’installe durablement au lieu de s’évanouir naturellement à la fin de l’événement traumatique. La cause de cela est vraisemblablement un dysfonctionnement de la mémoire. Le souvenir de l’événement vécu revenant sans cesse, l’hippocampe qui génère le stress est en hyperactivité et ne régule plus les émotions de la victime. En produisant davantage de cortisol, l’hippocampe garde la personne en état d’alerte. D’où les témoignages des personnes atteintes qui se rejoignent tous sur ces sentiments de peur, d’horreur et d’impuissance persistants. 

Enfin, il est tout à fait normal d’avoir un stress post-traumatique après un choc quel qu’il soit. Et il est aussi tout à fait normal de ne pas en développer. On ne sait pas pourquoi certaines personnes confrontées aux mêmes traumatismes développent ce trouble quand d’autres n’ont pas cette séquelle. D’ailleurs, les victimes de stress post-traumatique se ressemblent sans se ressembler. Le trouble a des spécificités communes mais les victimes le vivent chacune à leur manière. 

Quels sont les symptômes du stress post-traumatique ? 

Chaque victime en état de stress post-traumatique va développer des troubles qui lui sont propres. Toutefois, des symptômes spécifiques peuvent alerter la personne ou son entourage. Car on ne sait pas nécessairement que l’on vit un stress post-traumatique. D’autant plus que le stress post-traumatique, bien qu’il advienne relativement rapidement après le choc, peut se déclarer longtemps après l’événement traumatisant. Les symptômes peuvent apparaître dans les semaines qui suivent le drame mais aussi plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard. 

Globalement, la personne en état de stress post-traumatique est affectée par le souvenir persistant du trauma qui la replonge dans le même état émotionnel où elle était. Les souvenirs qui s’installent dans le quotidien de la personne activent les signaux d’alertes du danger inutilement. Selon la fréquence des souvenirs sous forme de flashbacks, le syndrome est plus ou moins handicapant. 

C’est pour cela qu’il est fréquent de voir les victimes d’attentat développer des stratégies d’évitement. C’est-à-dire qu’une victime va tout faire pour ne pas passer devant le lieu du drame, ne va plus écouter une musique en particulier, va changer des habitudes associées au trauma. Toujours dans le but d’éviter les flashbacks incontrôlables, la personne peut refuser complètement de parler de son expérience, que ce soit à des proches ou aux personnels médicaux. Evidemment, il ne s’agit pas d’une stratégie efficace, il faut d’ailleurs inciter la parole de la victime. 

Des reviviscences, un détachement du monde extérieur, une hypervigilance, des troubles du sommeil (cauchemar, paralysie du sommeil, insomnie..) sont autant de symptômes caractéristiques du stress post-traumatique. Ce stress et ses symptômes augmentent significativement le risque de développer une dépression ou d’autres troubles mentaux. Le risque est plus accru encore en cas de chronicité du trouble post-traumatique. 

Cet état est jugé comme chronique si les symptômes persistent au-delà de trois mois. Souvent la chronicisation est consécutive d’un suivi médical inexistant ou tardif, ou d’une méconnaissance des symptômes. Mais des éléments inhérents à l’environnement de la victime peuvent également entraîner un stress chronique. Le manque de reconnaissance sociale, les jugements de valeur sur la personne ou sa capacité à réagir, un soutien des soignants et proches absents ou l’arrêt de ce soutien précocement, sont ces autres facteurs pouvant ralentir la guérison de la victime ou aggraver son trouble.  

Comment surmonter un syndrome de stress post-traumatique ? 

Comme pour tout trouble psychologique, il n’y a pas de méthode miracle pour s’en sortir et le processus de guérison demande du temps. 

Résilience. Ce mot a accompagné les hommages rendus aux victimes du 13 novembre. Pour les victimes en état de stress post-traumatique, la clé du bonheur retrouvé se trouve sûrement dans la définition de la résilience.  

Cette aptitude à faire face avec succès à une situation représentant un stress intense, ainsi qu’à se ressaisir, à s’adapter, à réussir à vivre et à se développer positivement en dépit de ces circonstances défavorables. C’est la résilience qu’essaient de travailler les victimes de stress post-traumatique. 

Pour cela, l’accompagnement psychologique est indispensable. Des psychiatres et psychologues se spécialisent dans le traitement des traumatismes. Pour soigner les victimes, ces spécialistes proposent souvent des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou la désensibilisation par des mouvements oculaires EMDR. Certains patients se tournent, eux, vers l’hypnose. Qu’importe la méthode choisie, elles visent toutes à décharger le souvenir traumatique de son impact émotionnel. Le psychiatre peut également décider d’instaurer un traitement médicamenteux pour aider le patient en fonction de son état. Une fois encore le processus est long avant que la personne accepte son expérience traumatisante sans douleur, ni danger.